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Témoignage de Béatrisse

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Témoignage de Béatrisse

Message  SHALE le 27/6/2010, 08:46

Il était une fois.

Je suis incapable de dire précisément quand l’alcool est devenu maître ma vie.

Petite, puis ado, j’avais une phobie du vin (rouge). Je me souviens d’une fois où à table quelqu’un m’avait renversé un verre sur les genoux, j’ai cru m’évanouir de dégoût et j’ai entrepris de m’arracher la peau avec un gant de crin. Déjà bizarre la béa.

A 15 ans ma meilleure amie avait le droit le boire du whisky, alors, pour faire pareil, j’ai bu un peu de whisky les week end avec elle. Sans grande conséquences.

Mon premier verre de vin rouge je l’ai consommé à 22 ans, je le sais, c’était après avoir rencontré mon (futur) mari. J’aimais pas mais je ne vomissais plus. En
revanche les trucs sucrés (kir, porto) j’aimais bien.


L’anorexie m’a protégée un peu, entre 20 et 30 ans. Mais les bases étaient déjà
posées …j’allais plonger un jour ou l’autre mais je ne le savais pas. Un épisode d’alcool révélateur de malaise à 25 ans, le soir de la sainte Catherine (et j’étais même pas mariée) avec scarifications, comprimés de somnifère sur fond de porto. Un désastre. Deux jours de coma. C’était l’époque des fêtes avec les copains.


J’ai plongé dans la psychanalyse (12 ans sur mon divan).

Premier emploi sérieux.

Premier bébé – une sobriété de chameau. L’alcool était surtout périphérique : mon père, ma mère, mon frère, mon mari un peu. En fait j’étais cernée.

Puis vint la mort de mon père, le désespoir de ma mère, un gouffre. Elle a plongé. Je n’ai pas voulu la laisser seule, je voulais l’accompagner en bonne fille. Je voulais lui éviter de la honte tueuse.

Pour mon mari c’était plus compliqué, on allait mal, il buvait de plus en plus, en cachette souvent et je le haïssais pour ça. C’est donc à travers moi que j’ai voulu le punir, au nom de l’égalité entre les sexes sans doute…

Des années de montagnes russes, des soirées affreuses d’engueulades sournoises, de mépris, de larmes, de promesses non tenues.

Boirepar amour pour ma mère, par désamour pour mon mari.

Des années chaotiques.

Un second bébé – toujours une sobriété de chameau, je me dois bien ça, je n’étais pas irresponsable!

Mais le mal était là, pas loin : aider ma mère, faire bouger mon mari.

Bien des fois lui et moi avons essayé d’arrêter, sans succès.

Puis encore la mort : ma belle mère et l’atroce douleur de mon mari, mon beau père …et le fond touché. Le fond sur lequel on rebondit, mais on retombe. Deux ans.

Deux ans à ne vivre que pour empiler les cuites du soir. Sauf le week end où les cuites commençaient à midi.

Les stratégies d’alcool en solitaire : changer de fournisseur, s’enfermer. Tout construire autour du symptôme. Perdre la mémoire pour oublier les soirées noyées de larmes et de colère, pour oublier le regard des enfants, ne plus voir la confiance vaciller et s’éteindre dans leurs yeux. Ne pas voir leur peur.

Deux ans d’enfer, d’enfermement.

Et voilà qu’un jour, une nouvelle fois, je me trouve en état de décision : ça suffit. Il y a eu trop de verre brisé, trop de faux drames, trop de ridicule et de tragique. Ca tombe comme ça un jour de septembre, après un retour de vacances où nous avons à peine dessoulé.

On a décidé à deux, sans se concerter, sans mettre au point aucune stratégie.


On tient une semaine. L’espoir renaît !

Et puis le samedi soir, un dernier (on l’attendait celui là, on le savait sans le savoir). Et direct l’engueulade désespérée. Les larmes, l’effroi, le sentiment qu’on n’y arriverait jamais, plus jamais.

Le dimanche, je me suis inscrite sur le forum …ça va bientôt faire deux ans.

Mon mari et moi avons fait cause commune, méthodes différentes. Moi je parle, lui c’est un taiseux. Chacun pour soi. On cause pas on avance.

Le forum m’a tout appris sur la maladie alcoolique. J’ai transmis mes connaissances sans en faire une affaire. J’ai lutté avec vous tous. Les flashes, le quotidien à dompter, les pièges à éviter.

Très vite, je trouve, j’ai réappris la vie, retrouvé le goût de vivre et de rire, les bonheurs minuscules, les infimes victoires.

La maison s’est transformée radicalement. Pas de tensions, beaucoup de rires et de complicité, les enfants qui ressortent de leur tanière pour retrouver la chaleur qu’ils avaient perdue. Et chaque jour le plaisir infini de la nouvelle journée. La curiosité. Et
le regard à peine voilé de tristesse en regardant ma mère dériver solitaire sur le radeau qu’elle a choisi …


Mais ceci est une autre histoire.

_________________
Demain sera un autre jour...
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SHALE
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Féminin 01/01/2009

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