Forum





















Qui est en ligne ?
Il y a en tout 17 utilisateurs en ligne :: 1 Enregistré, 0 Invisible et 16 Invités :: 1 Moteur de recherche

ppp

Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 265 le 11/6/2012, 17:08

L'alcoolisme et sa famille

Aller en bas

L'alcoolisme et sa famille Empty L'alcoolisme et sa famille

Message  Malau le 8/1/2009, 09:10

Bonsoir

L’alcoolisme comporte cette particularité d’être à la fois dramatique mais simultanément banalisé, suscitant dès lors une grande tolérance de la part de l’entourage, laquelle tolérance
peut comporter une dimension pathologique, appelée co-alcoolisme. Les aspects familiaux sont donc prépondérants dans la prise en charge du sujet alcoolique.


Un texte qui apporte un éclairage sur les relations très étroites qui se jouent entre le malade alcoolique et son entourage direct.


L'ALCOOLIQUE
ET SA FAMILLE
P. JANNE, N. ZDANOWICZ, D. TORDEURS et Ch.
REYNAERT



«Pendant que le père s’enivre, la mère
travaille et se dévoue.»

ETIOLOGIE

Nous nous centrerons essentiellement ici sur les aspects familiaux,
pragmatiques, de l’étiologie de l’alcoolisme.

Comment une famille peut-elle contribuer à générer ou à entretenir la pathologie d’un sujet alcoolique?

La réponse est bien connue du médecin surtout du médecin de famille qui est probablement le mieux à même d’observer les destins souvent tragiques des familles comportant des sujets abusant d’alcool à un degré pathologique.
Une famille génère un (ou des) sujet(s) alcoolique (s) quand s’entremêlent, à différents niveaux et de différentes façons, des facteurs aussi variés que les suivants:

- des fragilités individuelles de base, qui se perpétuent par filiation verticale, comme par exemple une faible estime de soi, une difficile expression des affects agressifs, etc;

- des facteurs identificatoires, qui y sont directement connectés, et qui concernent l’estime de soi «familiale». Par là nous désignons la mesure variable avec laquelle le sujet «introjecte» des idéaux, qu’ils soient paternels, maternels, familiaux ou autres, en s’y référant sans nécessairement avoir la distance voulue pour que l’idéal permette un développement personnel harmonieux;

- des facteurs de déclenchement, à savoir les réactions adaptatives aux événements stressants, réactions le plus souvent apprises par observation ou imitation au sein de l’infrastructure familiale. Tout événement stressant peut de fait, quelle qu’en soit la nature ou l’intensité, donner lieu à

- des stratégies d’adaptation diverses.

- des facteurs de maintien et de renforcement, dont font partie tant les familles d’origine que les conjoints et familles actuelles. En effet, de façon la plupart du temps inconsciente, les systèmes conjugaux et familiaux entourant l’alcoolique se configurent peu à peu, non pas comme des remparts, mais bien comme des catalyseurs face à l’alcoolisme et à l’alcoolique.

- aux aspects socioéconomiques et culturels qui colorent l’histoire de vie du futur alcoolique.

Les exemples cliniques sautent aux yeux, dont en voici un, caricatural à souhait : Tel sujet (dont le père a eu une vie modeste et difficile sur le plan matériel et dont le destin a été triste) n’ayant pu, par exemple, faire d’études (facteurs socioéconomiques et culturels), en a progressivement développé une faible estime de lui-même (fragilité individuelle de base).
Celle-ci, couplée à des carences de modèles de référence (facteurs
identificatoires défaillants) ne l’a guère aidé à affronter les difficultés de la vie (facteurs de déclenchement). Prenant comme solution les réactions adaptatives apprises (aller au café, se détendre et partager avec d’autres un discours sur l’injustice du monde, se mettre en colère seulement lorsqu’on est en état d’ébriété), le sujet se choisit et se construit un couple articulé sur
une relation de complémentarité remarquable: son conjoint, tolérant (facteur de maintien et de renforcement), ayant lui même
observé chez ses parents une relation «tyran – martyr», se prête (pendant un temps tout au moins) au jeu de la relation «soignant-soigné», tente de compenser les déficits inhérents à l’alcoolisme du sujet, de remonter son estime de soi effondrée, et ainsi développe progressivement un rôle socialement accepté de «conjoint-martyr» qui en a vu «des vertes et des pas mûres», mais que l’on estime en secret dans le village pour son courage, son stoïcisme et sa capacité à supporter de pareilles situations.


Comme on le voit, les causes suscitent des réactions qui elles-mêmes prennent progressivement également une dimension étiologique, ce qui empêche un raisonnement étiologique strict:


- ainsi, par exemple, la faible estime du sujet à l’égard de son père (étiologie possible) suscitera-t-elle chez le sujet une faible estime à l’égard de lui-même, développant dès lors une progressive hypo-responsabilité: la conséquence prend elle-même une dimension causale possible;

- ainsi, par exemple, la fidélité identificatoire mène-t-elle le sujet à ne pas vouloir surpasser son père, ni dans le registre matériel ni dans le registre scolaire; etc.

Co-alcoolisme et «alcoolico-tropisme»(1)

L’origine exacte du terme de coalcoolisme reste obscure. Plusieurs auteurs semblent utiliser de façon interchangeable les concepts de «codépendance» et de «coalcoolisme» et leur donner un sens approchant. D’autres, au contraire, semblent désigner par ces deux termes des mécanismes différents.
Nous avons tous à l’esprit des anecdotes cliniques qui prouvent à que la relation de l’alcoolique et du co-alcoolique se nourrit, au moins pendant un certain temps, d’une parfaite complémentarité relationnelle où alternent les positions de «prisonnier» et de «geôlier»:


- plus l’un cache les bouteilles, plus l’autre les cherche et les trouve;

- plus l’un revient alcoolisé, plus l’autre tente de minimiser les dégâts.

- plus l’un est tyrannique envers l’alcoolique durant les périodes de sobriété, plus ce dernier est violent lorsqu’ayant consommé;

- plus l’un se sent coupable de la crise d’alcoolisation de la veille, plus l’autre le culpabilise et, le re-précipite dans la rechute suivante, seul moyen d’échapper à la culpabilisation. Etc...

Citons Roussaux


«le co-alcoolique, c’est celui ou celle qui permet, le plus souvent involontairement, que l’alcoolique puisse continuer à vivre sa vie personnelle, conjugale ou professionnelle, sur le même mode.»

- «le co-alcoolique glisse sa main protectrice entre la tête de l’alcoolique et le mur de la réalité, pour excuser son absence ou son retard, invoquant une grippe ou une indigestion alors qu’il cuve son vin.»

- «le co-alcoolique tente de répondre aux problèmes par un encore toujours plus:

l’alcoolique est faible, il boit, il faut le protéger, il est de plus en plus faible, il boit de plus en plus, il faut de plus en plus le protéger».

Roussaux repère et propose quelques caractéristiques aux co-alcooliques:


- le conjoint a eu lui même un ou plusieurs alcooliques dans sa famille d’origine;

- le conjoint est dominateur: certaines épouses sont dominatrices et autoritaires et ne souhaitent pas que leur mari leur résiste;

- certaines femmes investissent particulièrement la fonction d’aide et de maternage: elles ont épousé un homme qui buvait déjà avant la mariage avec l’espoir de le faire changer par leur seule présence attentionnée. Bien souvent, elles sont plus mères que femmes;

- il y a eu dans l’histoire du co-alcoolique un deuil, une rupture brutale ou une séparation mal acceptée. Parfois, il a rompu lui-même à l’adolescence avec toute sa famille. Isolé, il s’est alors raccroché au mariage, ce qui a pour effet de le rendre dépendant de son conjoint et ne peut supporter toute séparation.



Cette observation selon laquelle on observe un «alcoholico-tropisme» de la part de certains conjoints se traduit avec une efficacité surprenante dans l’usage du génogramme instrument faisant désormais partie de notre pratique quotidienne - lequel génogramme révèle avec une précision indubitable la présence de processus de répétition: ainsi la même épouse, par exemple, développera jusqu’à quatre ou cinq liaisons amoureuses successives avec des partenaires présentant les mêmes caractéristiques, dont entre autres l’alcoolisme et la violence.



Dernière édition par Malau le 8/1/2009, 09:16, édité 1 fois
Malau
Malau
Super Tchatcheur
Super Tchatcheur

Féminin 01/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

L'alcoolisme et sa famille Empty Re: L'alcoolisme et sa famille

Message  Malau le 8/1/2009, 09:11

Il n’en reste pas moins que la notion de co-alcoolisme reste fort imprécise, émargeant davantage du registre de l’intuition clinique que d’une approche scientifique, raison pour laquelle nous avons entamé des travaux systématiques à ce sujet en vue de disposer désormais d’instruments psychotechniques valables pour
évaluer les formes, l’intensité et la fréquence que peut prendre cette participation de l’entourage à la pathologie alcoolique.
Outre son intérêt évaluatif quantitatif pour le clinicien, utiliser un tel instrument aurait comme avantage, de surcroît, de sensibiliser le patient et son entourage aux mécanismes, souvent inconscients, par lesquels ils sont engagés dans un processus de co-addiction et de co-alcoolisme.

Co-alcoolisme(s) passif(s) et actif(s):

La notion de «co-alcoolisme» suppose donc, comme l’indique le terme, une participation, consciente ou inconsciente, passive ou active, d’un membre de l’entourage au processus d’alcoolisation.

L’épouse de l’alcoolique La tentation la plus simple et la plus logique est de se tourner vers le «profil type» du conjoint de l’alcoolique, lequel, le plus souvent, eu égard aux observations socio-démographiques, est un sujet masculin. C’est donc vers
son épouse que se tourne, entre autres, Wahlen qui dès 1953 a
décrit quatre types de femmes épousant des alcooliques, les répertoriant ainsi en quatre catégories:

A) les masochistes: elles se marieraient avec un alcoolique afin d’obtenir (et de consolider) la misère et la souffrance dont elles ont besoin, l’ayant antérieurement connue;

B) les dominatrices: elles se défendraient contre leur méfiance habituelle envers les hommes: par leur mariage avec un alcoolique, elles pensent contrôler leur époux et éviter d’être battues;

C) les abandonniques: en épousant un alcoolique, elles se sentiraient utiles et importantes mais en fait, elles se défendent contre la faible estime qu’elles ont d’elles-même ;

D) les punitives: se marier avec un alcoolique serait pour ces femmes un moyen de satisfaire leur besoin de rivaliser, de vaincre et de punir.
Il faut toutefois noter que cette façon de décrire l’épouse de
l’alcoolique a fait l’objet de vives critiques de différents auteurs
qui pensent, à juste titre, que les comportements de la femme qui font l’objet de cette description sont autant le reflet de conséquences d’une vie commune avec un mari dépendant de l’alcool que des facteurs étiologiques en tant que tels.
Un raisonnement plus nuancé a ultérieurement vu le jour, entre autres par l’entremise des travaux d’Israël et son article sur «la femme de l’alcoolique»: dans une perspective initialement non systémique,il explique que la femme de l’alcoolique remplit le rôle idéal féminin selon les canons conventionnels.
Elle est tout à fait conforme comme fille, épouse et mère. Cependant il ne s’agit que d’un rôle appris et non d’une
individuation selon son désir. Ceci, explique Cassiers, se voit en
particulier dans le domaine sexuel, qu’elle accepte par devoir, mais
sans plaisir ni désir. Le mari alcoolique est ainsi renvoyé au rôle de
géniteur et de pourvoyeur matériel du ménage. C’est ce rôle qu’il
soutiendrait et dénierait à la fois dans l’alcool. Soutiendrait en donnant, par sa conduite, toute sa valeur au rôle pris par
l’épouse, qui ne peut plus que s’y crisper, et dénierait en faisant, sous alcool, de pseudo-ruptures et une pseudo-individuation.

Roussaux propose une autre série de configurations conjugales propices au développement de l’alcoolisme:

A. le connaisseur «ès alcoolisme». Il s’agit de couples où le co-alcoolique a des antécédents familiaux sérieux d’alcoolisme, tels que par exemple, une fille qui était le soutien privilégié de son père alcoolique, reprend tout naturellement ce rôle à l’égard de son mari;

B. le conjoint dominateur. A l’instar de la description faite par Wahlen, Roussaux décrit ici des femmes fortes assez, pour tout prendre en main, avec une forte composante maternelle, chez lesquelles il n’est pas rare que leur propre mère ait dû éduquer seule les enfants;

C. le mariage dans la sollicitude. Cette configuration particulière est bien connue des cliniciens, qui constatent chez ces conjoints la particularité de développer de l’amour et de la tendresse envers le partenaire, mais seulement quand celui-ci a des problèmes.
«Elles ont épousé un homme qui buvait déjà avant le mariage, avec l’espoir de lui permettre de surmonter cette faiblesse par leur seule présence attentionnée. Bien souvent, elles sont davantage mères que femmes et le désir d’un homme les inquiète et les effraie. Un homme qui boit n’est qu’un enfant de plus, parfois plus facile à vivre qu’un homme susceptible de les désirer sexuellement»;

D. le surinvestissement des activités
extraconjugales.
Ceci concerne davantage un alcoolisme domestique, à bas bruit, le plus souvent caché, et présent plus
particulièrement chez la femme, qui se met à boire à domicile lorsque confrontée à l’attente interminable d’un mari qui, soit travaille trop, soit développe des liens affectifs extra-conjugaux.

E. le mariage de la dernière chance. Ici est décrit un type de mariage qui s’édifie sur un passé constitué de deuils, d’insatisfactions ou de ruptures, tels que le mariage prend une
fonction de «rustine» de la dernière chance.
Des configurations conjugales comme celles qui précèdent rendent évidemment le co-alcoolique très dépendant de son conjoint, le faisant repousser au maximum la perspective de la séparation.
Ainsi en vient-il donc graduellement à tout accepter.
Cette relation complémentaire, qui peut s’illustrer par la métaphore du geôlier et du prisonnier.

(1) TROPISME
1. biologie mouvement, croissance ou réaction d'orientation en réponse à un stimulus particulier (chez les animaux et les végétaux) (le tropisme migrateur)
2. tendance incoercible et inconsciente (chez quelqu'un à faire quelque chose) (l'altruisme, c'est un tropisme familial)

(2) GENOGRAMME ou génosociogramme
Représentation graphique schématique d'une famille, rassemblant sur un même schéma : les membres de celle-ci (le plus souvent sur deux ou trois générations), les liens qui les unissent, et les informations biomédicales et psychosociales qui s'y rattachent.
Le génogramme est utilisé en médecine (par exemple en génétique), ainsi qu'en psychiatrie et en psychologie (psychothérapies). Il est l'outil principal de certaines techniques psychothérapiques (approche transgénérationnelle,
psychogénéalogie).
Malau
Malau
Super Tchatcheur
Super Tchatcheur

Féminin 01/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum